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Kaikoo Popwave Festival – Indie music made in Japan

À quoi ressemble la musique indie au Japon ? La question me turlupinait ; en voyage à Tokyo, je ne voulais pas laisser passer l’occasion de voir en concert des groupes locaux. Ça tombait bien, mes dates coïncidaient avec le Kaikoo Popwave Festival, l’un des grands rendez-vous de la scène indie chez les Nippons.

Ce Festival en plein air a lieu chaque année dans l’enceinte du Musée des Sciences Maritimes, sur la presqu’île artificielle d’Odaiba.

La première chose qui frappe en entrant, c’est l’incroyable propreté du site : aucun papier, aucun mégot par terre ! En fait, et là aussi j’ai été très surpris, ce festival (comme la plupart des lieux publics au Japon) est non-fumeur. Des espaces fumeurs étaient tout de même aménagés de-ci de-là, et la foule, sans exception, respectait ces zones.

Si j’ai raté les premiers groupes, j’étais en revanche bel et bien présent dans l’arène du Grand Master pour les premiers accords de Melt Banana. Groupe difficile à catégoriser (certains classifient leur style bruitiste et expérimental sous le label « japanoise »), Melt Banana a acquis une certaine renommée à l’étranger, et notamment en France. Le charisme et la voix stridente de la chanteuse Yasuko Onuki y sont certainement pour quelque chose. Un concert court, trente minutes pile-poil, mais d’une rare intensité. Un show très électrique et très prenant pour peu qu’on arrive à supporter la voix de Yasuko Onuki ; perso j’ai souffert sur la fin…

Je pensais me reposer un peu les oreilles en allant par curiosité voir ce qui se passait dans la White Knight Room, mais je suis tombé face à un groupe d’excités. Slang, du punk/hardcore old school dans la veine de Black Flag. Bien foutu, mais guère original. Dès la fin de leur set, j’en ai profité pour manger un morceau. Quel plaisir ! Je me suis posé au bord d’une piscine (toujours dans l’enceinte du festival) ; j’avais ma petite bento-box comprenant du poulet teriyaki et du riz ; le soleil se couchait au loin dans la baie de Tokyo ; et les rythmes envoûtants de High & Dry en provenance de la scène King & Queen me berçaient et venaient parachever le bien-être que je ressentais à ce moment-là. High & Dry, c’est un groupe japonais d’électro/dub, vraiment intéressant.

C’était ensuite au tour de Toe de montrer son savoir-faire sur la scène King & Queen. Devant ce quatuor de rock instrumental, j’étais un peu perplexe au début. Toe n’a pas mis longtemps à me rassurer, voire à m’emballer : incroyable prestation scénique de ces quatre jeunes japonais, qui paraissaient littéralement possédés. Mention spéciale au batteur, vraiment époustouflant ! Au cours de leurs expérimentations, les quatre Japonais martyrisaient leurs instruments pour en faire sortir quelque chose de divinement beau. Quelque part entre Mogwai et Godspeed You! Black Emperor, Toe est un véritable groupe qui n’a rien à envier aux cadors du genre, qu’ils soient américains ou européens.

La performance suivante était celle de DJ Kentaro, que j’avais vu quelques minutes auparavant en train de vendre des t-shirts au stand qui lui était dédié. Vainqueur du championnat du monde DMC en 2002, DJ Kentaro est un prodige des platines et s’est déjà forgé une solide réputation. Un set hip hop dansant et endiablé sur le Black Emperor Stage que j’ai malheureusement quitté avant son terme afin de ne pas manquer la prestation de Envy.

Envy, ou le clou du spectacle. Voilà un groupe à son apogée. Ils ont su faire évoluer leur post-hardcore vers des contrées inconnues, où l’aggressivité la plus bestiale cotoie la poésie la plus humaine ; où le chaos absolu se dissipe peu à peu pour faire place à des passages d’une beauté inouïe. Emmené par un Tetsuya Fukagawa lui aussi possédé, Envy a réussi, en quarante-cinq minutes, le tour de force de faire passer la scène du King & Queen sur la presqu’île artificelle d’Odaiba en terre post-apocalyptique.

Malgré cette fin du monde précoce, l’évènement n’était pas finie pour autant. Le nu-jazz/post-rock de Mouse on the Keys cloturait avec brio la journée. Composé d’une batterie, d’un piano, d’un clavier, d’une trompette et d’un trombone, Mouse on the Keys déversait avec classe et talent des mélodies originales et bien léchées. J’aurais aimé que ce concert ne finisse jamais, mais comme on dit, toutes les bonnes choses ont une fin, non ? Sayonara !